Ancien mais toujours aussi populaire, le « Aroul Migou Bala Dhandyuthaban Swami Kovil » accueille grand nombre de dévots. Cependant, ses dirigeants ont du mal à le faire rénover sans pour autant perdre de son authenticité.
171 ans : le temple hindou « Aroul Migou Bala Dhandyuthaban Swami Kovil » est aussi vieux que l’histoire des « coolies » à Maurice. Cette vague d’immigration de travailleurs indiens venus dans l’île après l’abolition de l’esclavage en 1835.
Situé dans l’enclave de Clémencia, petit village à l’Est du pays, c’est le premier temple construit à Maurice en 1836 par le couple Songa-Doya, deux travailleurs engagés fraîchement arrivés du sud de l’Inde.
« Lieu de recueillement par excellence, ce temple fédérait, à l’époque, tous les « coolies » qui y venaient pour prier et ainsi oublier leurs souffrances, raconte le prêtre, Valaydon Chokilingum, et depuis il n’a cessé d’unir les gens, dépassant tout clivage religieux. »
Encore de nos jours, ce n’est pas chose rare de voir des Mauriciens de différentes confessions venir prier dans ce temple. « Si leurs vœux sont exhaussés ici, pourquoi iraient-ils ailleurs ? », explique le prêtre de 55 ans. Sa famille s’occupe de ce patrimoine religieux depuis sept générations.
Mais aujourd’hui, ce temple, perché sur une colline, souffre de son statut de doyen des temples mauriciens. Même s’il a résisté aux caprices du climat ; cyclones, tonnerre, pluie, vent, etc, le « Aroul Migou Bala Dhandyuthaban Swami Kovil » a grand besoin d’être rénové.
Ses murs saumon, jaune et rouge en décrépitude et couverts de moisis témoignent de sa vétusté. Mais voilà, comment concilier nouveauté et authenticité ? Plusieurs projets de rénovation ont reculé face à cette question délicate.
Peu importe, les dévots restent fidèles et c’est l’essentiel pour le prêtre. Chaque mardi matin, Manti, 36 ans, accompagne ses deux enfants au « Kovil ». « Nous prions ici depuis quatre générations, affirme-t-elle, le temps n’a fait que renforcer notre foi en ce temple. »
Noix de coco, bananes, fleurs, camphre, le tout soigneusement posé dans son « thali » qu’elle tend au prêtre en guise d’offrande au dieu Murugan, fils de Shiva.
Trois fois par an, ce temple organise le Cavadee, fête hindou haut en couleurs et en émotions, où les dévots se perforent le corps d’aiguilles en signe de dévotion au dieu Murugan.
En mars, c’est le grand rassemblement de la « marche sur le feu » et « marche sur sabres ». Même si le temple a perdu de sa splendeur d’antan, les fêtes y sont célébrées dans la plus grande ferveur.
Auteur et photos : Raviraj Sinha Beechook 2007
Chronologie de l’histoire de « l’engagisme » à Maurice
1834 Début du système des travailleurs engagés à Maurice. Mais il est limité aux particuliers
1835 L’abolition de l’esclavage dans l’île.
1836 Création du « Aroul Migou Bala Dhandyuthaban Swami Kovil » à Clémencia
1839 Suspension du système des travailleurs engagés par le gouvernement anglais en Inde
1842 Reprise de la vague d’immigration des travailleurs indiens
1849 Ouverture de l’Aapravasi Ghat à Port Louis. Lieu où sont débarqués les « coolies »
1910 Décision d’arrêter l’immigration indienne à Maurice
1922 Un arrêté met officiellement fin au système des travailleurs engagés
1923 Arrêt définitif

Concerts :
21 septembre
