Une équipe de scientifiques a mis à jour les ossements de dix neuf espèces animales éteintes à Maurice. Cette expédition qui n’est qu’à son commencement vise à restituer l’environnement de l’île avant l’arrivée de l’homme. Dans la foulée, elle pourrait jeter quelques lumières sur la vie du dodo, oiseau emblématique du pays.De quelle couleur était le dodo, également appelé dronte ? Quelle était sa posture ? Quelle était la véritable cause de sa disparition ? Autant de questions sans réponses précises. Les timbres nouvellement imprimés, à l’effigie de cet oiseau – Raphus cucullatus de son nom scientifique – lui attribuent un plumage bleu. La reconstitution au Musée d’histoire naturelle de Port-Louis le montre en gris. Sur les boîtes d’allumettes, il est brun. La vérité est que l’on ne connaît pas sa véritable couleur. Ce qui laisse libre cours à l’imagination.
Les croquis faits par des artistes, à partir de spécimens emportés en Europe les dépeignaient comme des êtres lourdauds, la tête penchée. Cette image est restée. Elle se prête d’autant plus à la nature nonchalante de l’animal.
« A l’époque, les artistes ont dessiné des dodos ramollis par plusieurs semaines de voyage en bateau. Les oiseaux ne parvenaient plus à se tenir correctement. Ils étaient plutôt des grands gaillards sans peur » élabore René Floore, membre de l’expédition. L’étude de son ossature démontre que ce genre de pigeon géant se tenait plutôt droit.
Pièce extrêmement rare, un squelette de dodo quasi-complet a été découvert en 1865 par un enseignant, George Clark. La pièce est exposée au musée de Port-Louis. Aucun ossement de poussins n’a encore été trouvé.
La tradition rapporte que l’espèce a été exterminée par les colons hollandais vers le début du XVII éme. Cette version est réfutée par les scientifiques. Il est admis que ces oiseaux qui ont peuplé l’île ne s’enfuyaient pas à l’approche de l’homme. Ils se faisaient capturer facilement car ils ne pouvaient voler. Mais selon M. Floore, ces colons, dans leurs journaux, qualifiaient le dodo de
« viande dégoûtante.»Toutefois, la disparition de l’espèce en un peu plus d’une cinquantaine d’année serait associée à l’arrivée de l’homme. Avec lui ont débarqué des animaux domestiques et notamment des rats. Ces derniers en quelques années ont complètement infesté le pays. Ces nouveaux venus étaient des prédateurs qui s’attaquaient directement, non seulement aux dodos mais également à leurs œufs, causant l’extinction de la race. Cette théorie est mieux acceptée par les chercheurs.
Tout comme le dodo, d’autres espèces indigènes et endémiques à l’île Maurice ont également disparues. Des races de perruches géantes, de hérons, de chauve-souris et de reptiles se sont évanouies.
« Sur les quarante deux espèces décrites par les premiers colons Hollandais, seules six existent encore » déclare M. Floore.
L’équipe de Dodo Expedition, composée de scientifiques hollandais et britanniques ont identifié dix neuf espèces à partir des quatre milles ossements collectés lors d’une fouille à Mare-aux-songes, dans la propriété sucrière de Mon Trésor – Mon Désert, au sud du l’île.

Parmi les découvertes, des carapaces de tortues, des squelettes de lézard géant, de chauve-souris et d’oiseaux... et des fossiles végétaux. Ce n’est qu’un prélude. Les véritables excavations commenceront l’année prochaine. L’objectif de l’expédition est de reconstituer l’environnement de l’île avant l’arrivée des hommes.
Les restes datent de 4000 ans.
« Les couches supérieures qui auraient pu contenir des os plus fraîs ont été raclées pour fabriquer de l’engrais à l’époque de la première guerre mondiale » déplore M. Floore, et d’expliquer que la Mare-aux-songes est prolifique en fossiles car l’endroit attirait une foule d’espèces, à l’époque.
Un morceau a été prélevé d’un os de dodo, en vue d’analyses d’ADN. Apparemment, les gènes du dodo sont quelque peu similaires à ceux d’une race de pigeon qui existe toujours. Mais de là à ressusciter le dodo par une savante manipulation génétique, M. Floore reste sceptique.
« Cela arrive seulement au cinéma » conclut-il.
Dodo Expedition weblog :
www.naturalis.nl