La société mauricienne est pluriculturelle. Les gens, mais également les divinités cohabitent paisiblement dans un respect mutuel. Une harmonie qui se reflète à travers les bus.
Le Ganesh Sookun 3 ressemble à la fois à un sanctuaire et à un véhicule de carnaval. Mais il est d’abord et surtout un autobus. Une ligne de transport en commun d’un aspect atypique, comme le sont beaucoup des bus qui sillonnent les routes mauriciennes.
Dans un coin du tableau du bord, près du chauffeur, trône des statuettes représentant des divinités de la religion hindoue. Des pièces finement sculptées sur du bois. Mais elles font moins office de décoration que de protection. Les figurines sont reposées sur un plateau d’offrandes : des pétales aux couleurs jaunes et orangées. Et des cendres… les restes d’un encens brûlé, qui a accompagné les prières matinales en faveur du véhicule et de ses passagers.
Selon Yash, le chauffeur, la journée commence toujours par un rituel de prière, accompli par le propriétaire. « Il [le propriétaire] offre des prières et des offrandes aux divinités, tous les matins, avant que je ne prenne l’auto pour le travail. C’est ainsi depuis près de dix ans, » précise le jeune conducteur.
Outre les statuettes, diverses images religieuses tapissent la cabine du chauffeur. Des tableaux de Ganesh et sa tête d’éléphant, Hanuman le roi singe, Shiva mais également des textes en caractères indiens chargent la paroi de l’habitacle, forçant le respect ou l’émerveillement.
« C’est le propriétaire qui a arrangé tout cela, » indique Yash, montrant cette fabuleuse fresque au caractère baroque. Mais le chauffeur y a également mis un peu du sien. Il a appliqué quelques caractères arabes adhésifs, probablement des Sourates, sur les recoins d’une visière surchargée de fleurs en plastique. Des caractères qu’il n’arrive pas à déchiffrer mais qui lui rappelle ses affiliations religieuses, puisque Yash est musulman.
Différentes personnes de divers horizons socioculturels empruntent ces moyens de transport. Par ailleurs, il n’est pas rare de voir des lignes, dont les tableaux de bord sont encombrés par des effigies ou des statuettes de Jésus Christ, de Bouddha, de Shiva, de Krishna, de la Vierge Marie, de Sourates et autres personnages ou artifices religieux, tous ensemble, tels des autels de prière.
L’engouement pour le football, qui suscite une passion rivalisant celle vouée aux religions a permis aux dieux des stades de trouver leur place parmi cette collection sacrée. Les Giggs, Ronaldo, Rooney, Kalou, Drogba et autres stars de la « Premiere League » ont rejoint la panoplie d’autocollants et de figurines. Kailash, un autre conducteur de bus, attribue les images des célébrités du ballon rond à ses collègues. « On doit souvent ces autocollants de footballeurs aux chauffeurs. Les propriétaires mettent surtout des éléments religieux ou de décoration, tels des bouquets de fleurs ou des guirlandes. »
Des fleurs en plastiques, toujours bigarrées bien que pâlies par le soleil étoffent l’avant des voitures. De riches couleurs au niveau de la carrosserie affectent un sérieux coup de jeune à ces véhicules dont la plupart datent d’une autre époque. Une bonne dose de maquillage en quelque sorte. « Ce sont des ornements propres aux bus individuels, instaurés par leurs propriétaires » explique Kailash. « Ces décors sont pour charmer et attirer les passagers.» En plus de leurs allures extravagantes, les bus sont affublés de noms, suggestif comme Boeing 747, ou évocateur comme Paradise Island, ou encore intriguant tel Final Destination, inspiré du film d’épouvante du même titre. Mais propriétaires, chauffeurs et passagers des autobus aspirent à un trajet sans encombre, sous la bienveillance des divinités qui sont également du voyage.

Concerts :
21 septembre
