Étant donné que La Réunion fait partie de la France, la politique linguistique qui y est appliquée tient compte de cette réalité juridique incontournable.
Ainsi, en vertu de l'article 2 de la Constitution, le français demeure la langue officielle de ce département: «La langue de la République est le français.» Comme dans tous les départements français d'outre-mer (DOM), tous les textes nationaux de la République y sont applicables, mais certaines adaptations ont été prévues par la loi no 84-747 du 2 août 1984 relative aux compétences des régions de Guadeloupe, de Guyane, de Martinique et de La Réunion. Ces adaptations concernent les activités éducatives et culturelles complémentaires relatives à la connaissance des langues et des cultures régionales.
il faut mentionner une loi plus récente adoptée par l’Assemblée nationale française: la Loi d'orientation pour l'outre-mer (ou loi 2000-1207 du 13 décembre 2000) entrée en vigueur le 14 décembre 2000. Ce sont les articles 33 et 34 de cette loi qui concernent tous les DOM-TOM. À l’article 33, on apprend que «l’État et les collectivités locales encouragent le respect, la protection et le maintien des connaissances, innovations et pratiques des communautés autochtones et locales fondées sur leurs modes de vie traditionnels et qui contribuent à la conservation du milieu naturel et l'usage durable de la diversité biologique» et qu’à l’article 34 que «les langues régionales en usage dans les départements d'outre-mer font partie du patrimoine linguistique de la Nation» et qu’elles «bénéficient du renforcement des politiques en faveur des langues régionales afin d'en faciliter l'usage».
D’après la Loi d’orientation d’outre-mer, la loi n° 51-46 du 11 janvier 1951 relative à l'enseignement des langues et dialectes locaux leur est applicable.
Malgré la présence du créole parlé par presque toute la population (à l'exception des Métropolitains qui résident à La Réunion de façon temporaire), seul le français bénéficie d'une reconnaissance juridique. Pour le reste, c'est la politique du laisser-faire.
Dans l'Administration locale, au sommet de la hiérarchie, c'est-à-dire au Conseil régional et au Conseil général, ainsi que dans la députation et le Sénat, seul le français est reconnu et utilisé. Il en est ainsi pour les communications écrites dans tous les bureaux gouvernementaux, les postes de gendarmerie, etc.
Dans les communications orales à caractère administratif, les citoyens parlent aussi le créole réunionnais, mais il ne s'agit pas d'une règle générale.
En matière de justice, la seule langue utilisée est le français, bien que le créole puisse être utilisé dans les communications orales à caractère informel. L'enseignement est le même qu'en France, sauf pour le calendrier scolaire qui comporte des vacances pour l'été austral (décembre à février) et d'autres à la fin de l'année scolaire (début août à début septembre).
En 1997, selon les données du Secrétariat d'État à l'outre-mer, l'enseignement de la maternelle et celui du primaire regroupaient 109 417 élèves répartis dans 490 écoles; le créole n'est permis qu'à la maternelle. L'enseignement secondaire, entièrement en français, comptait 91 805 élèves répartis dans 103 établissements (64 collèges, 39 lycées). Il existe également deux lycées d'enseignement agricole, qui permettent de préparer un BEPA (Brevet d'enseignement professionnel agricole) d'exploitation et un BTA (brevet de technicien agricole) dans la même filière ainsi qu'un BTSA (Brevet de technicien supérieur agricole).
L'Université de la Réunion compte 12 633 étudiants répartis entre le droit, les sciences économiques et politiques, les sciences, les lettres et sciences humaines.
Enfin, l'Institut universitaire de formation des maîtres (IUFM) a été ouvert en 1992. La population scolaire totale de l'île comprenait, en 1997, 213 200 élèves. Grâce à des scientifiques de haut niveau et parlant français, La Réunion compte également plusieurs centres de recherche importants tels que le Laboratoire volcanologique du piton de la Fournaise, le Centre météorologique de Saint-Denis (le quatrième centre du réseau de l'Organisation mondiale de la météorologie), l'ORSTOM (Institut français de recherche scientifique pour le développement en coopération), le Conservatoire botanique des Mascarins, sans oublier l'université de la Réunion (dans les domaines des sciences de la terre, de la biologie et de la physiologie végétales et en écologie marine).
Qu'il s'agisse du gouvernement ou des centres de recherche, tous les documents officiels ne sont publiés qu'en français. En plus du français, l'anglais est également utilisé dans les communications orales.
Évidemment, le système actuel, tel qu’il est appliqué à La Réunion passe sous silence les difficultés pédagogiques qu’entraînent l’enseignement exclusif de la langue française et l’importation du moule pédagogique métropolitain.
N’oublions pas que la quasi-totalité des élèves n’est pas d’origine francophone, ce qui cause forcément des problèmes d’apprentissage, étant donné que les méthodes pédagogiques sont peu appropriées à des élèves dont le français constitue une langue seconde.
La situation se révèle encore plus préoccupante pour les enfants de la communauté mahoraise (en provenance de l’île Mayotte dans l’archipel des Comores) intégrée à la communauté musulmane en raison de leur religion (l’islam); vu que les parents ne parlent souvent que le mahorais (le comorien de Mayotte), les enfants éprouvent beaucoup de difficultés dans leur apprentissage scolaire du fait qu’ils ne parlent parfois ni le créole ni le français et pour qui le système éducatif ne propose pas de structure d’intégration.
En effet, il n’existe pas sur l’île de classes d’accueil spécialisées pouvant recevoir des enfants qui ne parlent pas le français, qui sont souvent analphabètes dans leur propre langue et qui sont totalement démotivés par des cours guère adaptés à leurs besoins et dont ils ne comprennent à peu près rien. Bref, le gouvernement local manque à la fois de moyens financiers et de personnel spécialisé pour ce genre d’élèves qui se retrouvent immanquablement regroupés dans des classes faibles, montrant un comportement difficile au plan disciplinaire.Comme dans les autres départements français d'outre-mer, la question des manuels scolaires cause des problèmes d'intégration socio-culturelle.
La Réunion vit une situation de dépendance quasi exclusive de la France, non seulement pour ce qui concerne son système éducatif, mais aussi pour son approvisionnement en manuels et autres documents pédagogiques. Tous les enfants non blancs - la quasi-totalité - évoluent dans un milieu naturel et humain tout à fait différent de celui qui est représenté dans les manuels de classe européens et la plupart d'entre eux se perçoivent facilement comme étrangers dans leur propre pays. Tous ces problèmes ont favorisé un fort taux d'analphabétisme (15 % à 20 % à La Réunion contre 1% en France) et d'illettrisme (près de 20 % sont dans l'incapacité de lire un texte simple), ce qui est perçu comme une honte pour un département français. Cela dit, le département de La Réunion pourrait accorder un place à l'enseignement du créole.
D'ailleurs, l'article 21 de la loi no 84-747 du 2 août 1984 relative aux compétences des régions de Guadeloupe, de Guyane, de Martinique et de La Réunion permet, en principe, un enseignement en langue régionale:
Le Conseil régional détermine, après avis du comité de la culture, de l'éducation et de l'environnement, les activités éducatives et culturelles complémentaires relatives à la connaissance des langues et des cultures régionales, qui peuvent être organisées dans les établissements scolaires relevant de la compétence de la région.
Ces activités, qui peuvent se dérouler pendant les heures d'ouverture des établissements concernés, sont facultatives et ne peuvent se substituer ni porter atteinte aux programmes d'enseignement et de formation définis par l'État.
Dans le domaine des médias, il existe trois quotidiens, plusieurs hebdomadaires et des périodiques, auxquels s'ajoutent les journaux et magazines édités en Métropole.
À l'exception de Tam-Tam Maloya (en créole), tous les journaux sont publiés en français: Présence Réunionnaise, Korail Océan Indien, Les Nouvelles du CNARM, Le Bulletin du FNARM, Frances-Îles, Dom-Hebdo, Le Journal des fonctionnaires antillais et réunionnais et Plein Sud.
Le service public de la radio-télévision est assuré par RFO, la radio-télévision française pour l'outre-mer, qui retransmet des programmes de France Télévision et diffuse un programme régional. Conformément aux articles 19 et 29 du décret no 93-535 du 27 mars 1993 portant approbation du cahier des missions et des charges de la Société nationale de radiodiffusion et de télévision française pour l'outre-mer, RFO peut en effet diffuser en créole :
Article 19 : La société contribue à l'expression des principales langues régionales parlées dans chaque département, territoire ou collectivité territoriale.
Article 29 : 1) La société veille à illustrer toutes les formes d'expression de la musique en ouvrant largement ses programmes aux retransmissions de spectacles vivants. 2) Dans ses programmes de variétés pris dans leur ensemble, la société donne une place majoritaire à la chanson d'expression française ou régionale et s'attache à promouvoir les nouveaux talents. 3) Elle s'efforce de diversifier l'origine des oeuvres étrangères diffusées.
En outre, RFO partage le marché de la télévision avec Antenne-Réunion, une chaîne privée autorisée par le CSA en 1990.
Les programmes radio de RFO sont constitués d'émissions reprises de Radio-France. Les radios locales privées, très nombreuses, ont connu un certain essor depuis leur apparition en 1983 et diffusent presque toutes en créole réunionnais. Dans la vie économique, le français occupe toute la place à l'exception des communications orales qui se font généralement en créole; il en est de même pour la publicité commerciale.
Mais il ne faut pas se leurrer, la publicité en créole est limitée et semble peu rentable et la publicité en français domine largement.
Sur le plan linguistique, l'île de La Réunion ne semble pas connaître de problèmes particuliers, hormis le fait que la langue de la majorité, le créole réunionnais, est exclue de la plupart des fonctions sociales dont celle de l'école.
On peut également regretter l'absence complète de mesures concernant le tamoul, bien que cette langue soit appelée à disparaître dans l'île et qu'elle soit de moins en moins parlée par les jeunes. Par ailleurs, plus de 100 000 personnes sur cette île sont illettrées, ce qui est presque une honte pour un département français d'outre-mer.
Enfin, depuis de trop nombreuses années, l'île est aux prises avec un fort taux de chômage d'environ 40 %, ce qui a pour effet de créer un douloureux malaise social et un mal de vivre de plus en plus difficilement supportables pour les insulaires.
La situation socio-économique semble tellement se détériorer d'une année à l'autre qu'on peut se demander comment tout cela se terminera. Pour certains, cette situation est non seulement très préoccupante mais désespérée.
En somme, c'est un avenir des plus sombres qui s'annoncerait pour La Réunion, que ce soit dans le domaine de la langue, de l'économie, etc. Et ce n'est pas le fait de scinder La Réunion en deux départements qui réglera les problèmes.

Danse :
29 novembre

