Les Mauriciens sont passionnés de courses hippiques qui se pratiquent dans l’île depuis deux siècles. Bientôt deux ans maintenant qu’il existe des «betting Shops » un peu partout à Maurice. Nul besoin de se déplacer aux Champs de Mars, l’unique hippodrome construit à Port Louis en 1812, pour jouer aux courses. Mais tous les samedis dans ces PMU d’un autre genre, il règne la même ambiance ou presque.
Direction Flacq, plus grand village de l’Est du pays. 12h 25 sonnent et tout le monde s’empresse pour rentrer dans la salle pleine à craquer. C’est le début de la première course. La fête commence alors dans ce « betting shop », le Tote Lepep, sorte de PMU à la mauricienne. Les plus costauds se frayent un passage pour se rapprocher de la télévision.
Il règne ici une ambiance de cour de récréation. Anil, étudiant de 17 ans, se fait discret. Encore mineur, il sait qu’il risque la porte si l’agent de sécurité l’aperçoit. Dans sa main droite, Anil conserve soigneusement son ticket : 100 roupies sur Love Bug, un outsider. « S’il gagne, c’est dix fois plus dans ma poche ! », lâche-t-il un brin angoissé.
Les parieurs se préparent dès l'annonce des différents jockeys. Les cavaliers se mettent en place sur la grille de départ. Un « bang ! » donne le départ. A mi-parcours, le cheval du jeune joueur reste bien placé. Anil essaye tant bien que mal de suivre la course tant les autres gesticulent et font du bruit.
« Vas-y Captain ! Tours ! ». Chacun scande le nom de son cheval. A 50 mètres du but, Anil cesse de regarder. Le visage pâle, il a compris qu’il a perdu tout son argent de poche.
Aussitôt la ligne d’arrivée franchie, Jessen, un chauffeur de taxi de 24 ans, bondit de joie. Il vient de gagner 500 roupies grâce au vainqueur Fleeting Moment.
Rebelote, la foule se recompose devant le comptoir. Les cinq caissiers enregistrent, à tour de bras, les mises des uns et des autres. Les yeux fixés sur son magazine, Nicolas, 32 ans, analyse scrupuleusement le palmarès des chevaux de la deuxième course. « Moi, je ne crois pas aux tuyaux, explique-t-il fièrement, de toute façon, un vrai turfiste sort ses tuyaux lui-même. »
A Maurice, les « betting shops » sont vite devenus des lieux de rencontre. Des petits groups d’amis se forment, on papote et on s’échange les tuyaux. « C’est le meilleur moyen de passer un bon samedi après-midi », confie André, entouré de ses amis qu’il a rencontré ici même.
Un peu plus loin, Nasha attend avec impatience la prochaine épreuve. « Les « betting shops » ont révolutionné les courses pour les femmes, se réjouit-elle, les préjugés ont disparu. Maintenant les femmes jouent aux courses comme les hommes. »
La tête appuyée sur la porte d’entrée,
Dewantee, 82 ans, suit la course. Les chevaux, c’est sa passion et elle avoue jouer depuis plus de 60 ans. Sachant ni lire ni écrire, elle demande le nom du vainqueur à Nasha, puis sourit. Elle vient de remporter deux courses de suite. Rendant jalouse sa comparse qui en a perdu autant.
Auteur et Photos : Beechook Raviraj Sinha
Septembre 2007

Concerts :
24 octobre
