
D'étranges sculptures aux formes tordues se présentent comme les vestiges enchevêtrés d'une forêt étriquée, dans un coin du Caudan. Ce sont les œuvres de Pem, un artiste discret mais reconnu et respecté. Son cachet : l'authenticité.
Les passants entendent-ils les hurlements de ces figures tordues ? Perçoivent-ils leur chuchotement ? Apparemment, oui car ces sculptures aux formes improbables ne laissent pas les badauds insensibles.
« Un jour, une passante m'a dit que mon Jésus est sur le point de parler » se rappelle Pem, l'auteur de ces œuvres exposées en permanence dans un recoin du centre commercial Caudan, à Port-Louis.
La bouche béante ou encore réduite au silence par des doigts portés aux lèvres, les personnages créés par Pem communiquent néanmoins. « Quand je trouve un morceau de bois, alors je l'écoute pour comprendre ce qu'il veut raconter, puis je le taille afin qu'il puisse l'exprimer. »
Pem se conforme aux aspects de la matière première. De l'eucalyptus, du longanier, du filao, du goyavier, du tecoma... des troncs, des racines qu'il recueille dans la forêt. « Je ne coupe pas les arbres. Je ramasse du bois abandonné dans la nature. Quand je les sculpte, je ne modifie pas leurs formes. Ils sont plus vivants ainsi » note l'artiste.
C'est d'ailleurs ainsi qu'une trentaine d'année auparavant, Pem a eu le déclic. En rentrant chez lui, le laboureur a trébuché sur une racine. « Avec sa forme tordue, elle semblait vouloir me communiquer quelque chose.» Depuis, Pem a abandonné le travail des champs pour se consacrer aux racines. Les écouter et transmettre ce qu'elles ont à dire.
Mais ne lui demandez-pas ce que ses sculptures disent ou ne disent pas. « A chacun d'entendre ce que le bois leur raconte » estime l'artiste en toute simplicité. A chacun d'ailleurs d'y voir ce qu'ils veulent car Pem se défend d'identifier les visages.
Les œuvres de Pem naissent de la spontanéité du sculpteur devant le bois. « Je ne fais pas de sketch avant de sculpter. Je taille directement selon l'inspiration du moment. » Ainsi, chaque pièce est unique. Des accidents surviennent parfois et l'œuvre en cours se brise. Mais cela ne perturbe pas l'artiste pour autant. « Si le bois casse, je récupère les morceaux et j'en fais d'autres sculptures.»
Avec un burin ou une gouge, Pem creuse le bois sous le regard intéressé des passants. Son atelier est là, au milieu de ses sculptures. Les traits épousent ceux que la nature a déjà taillés dans la matière. Il exploite les bourrelets, les fissures, les ramifications pour dénicher, au hasard des formes, un visage, une bouche, un membre ou encore un doigt. Il en résulte des formes humaines incrustées dans un morceau de bois. Une démarche et des produits que certains décrivent comme de l'art brut.
Une des particularités des sujets de Pem est leur rattachement exclusif aux humains. « Je sculpte seulement des visages humains car je peux ressentir ce que les humains ressentent. Pas les animaux » explique-t-il.
Ainsi, sans s'en préoccuper, Pem semble avoir défini son propre style caractérisé par l'authenticité des expressions de ses personnages, aux traits délibérément grossiers. Une authenticité qui semble n'être que le reflet du caractère de l'artiste même.
Pem, par amour et pur humourA 60 ans, Edwin Marie ou Pem de son nom d'artiste est de ces authentiques artistes motivés par la passion pour leur art. D'habitude, il dissimule son épaisse chevelure grisonnante dans un bonnet. Sa barbe touffue et poivrée cache son sourire. Mais son grand sens de l'humour est reflété par les anecdotes qu'il raconte. « Un jour, j'étais me promener à la plage avec ma femme quand j'ai aperçu une racine qui m'a interpellée. Je l'ai ramassée et je suis tout de suite rentré pour le travailler. Plus tard, ma femme est rentrée à son tour, se demandant où j'étais passé. Je l'ai complètement oubliée » s'esclaffe le sculpteur. Art, amour et humour décrivent cet artiste qui sait rester humble malgré les louanges du public. Dans un coin de son « atelier », des magazines notoires bien conservés racontent l'histoire de l'artiste. Un homme qui déclare n'avoir jamais suivi de formation artistique mais avoue être guidé par l'instinct...vers la bonne direction. |
Texte & photos : William Rasoanaivo

Concerts :
24 octobre
