Dernier bastion des noctambules, le Pakistan Hotel est le seul endroit de la capitale où l’on peut dénicher de quoi manger et boire aux heures les plus avancées de la nuit. Les amis y viennent pour passer du bon temps en causeries, tout en sirotant du thé chaud.
Il est 21 heures. Les magasins et les boutiquiers de Port Louis sont fermés depuis belle lurette. Les rues sont quasiment désertes. La capitale s’enlise inexorablement dans un sommeil profond.
Cependant, une artère reste passablement animée, à son extrémité septentrionale. La rue Sir Seewoosagur Ramgoolam, que certains continuent à appeler rue Desforges et au bout de laquelle se trouve le Pakistan Hotel.
Les motocyclettes et voitures garées devant l’enseigne témoignent de l’affluence. Un relent de grillades et de fritures embaume l’air. Une petite foule s’attroupe devant un grill, à l’entrée du magasin.
A cette heure « tardive », de bons kebabs, du poulet grillé, des « rotis » ou encore des beignets de piments sont plus que salutaires, quand nul autre snack n’est ouvert à plusieurs kilomètres à la ronde.
A l’intérieur, l’ambiance est encore plus vive. Un haut parleur bien escamoté diffuse un monologue en arabe. Mais les clients qui assiègent le comptoir sont encore plus bruyants.
Beaucoup sont coiffés de bonnets et vêtus de « kurta » blancs - cette longue chemise que les hommes portent lors des prières - notamment en ce mois de ramadan. De l’encens brûle sur un foyer, libérant à la fois son parfum et une épaisse fumée. Pakistan Hotel s’embrume. Le commerce surchauffe.
Sur le comptoir, des plats remplis de beignets dont le « gâteau piment », de poulets frits appelés « tikka » – ainsi qu’une motte de beurre fondant et des morceaux de fromage. Le sandwich au beurre, fromage et
« tikka » est très sollicité.
Certains sont là pour des petites courses. Pour se procurer de boissons gazeuses, de l’eau minérale, du gruau, de la galette, du pain, des friandises ou encore des cigarettes… Au-delà de cet air d’épicerie, l’établissement est également un salon de thé.
Quelques groupes se dirigent au fond de la salle pour s’installer autour de petites tables métalliques. Les conversations s’embrasent, tandis que du thé au lait bien fumant coule à flots. D’autres mets plus raffinés que les sandwiches attendent d’être servis.
Ce folklore s’inscrit comme une tradition, autant pour les clients que pour les propriétaires. Ce business familial remonte très loin, bien avant la naissance de Pakistan. L’enseigne a adopté ce nom à la création de l’Etat, en 1947.
« Nous avons exercé ce commerce depuis plus de quatre générations. Nous l’avons hérité de nos aïeux qui l’ont pratiqué avant même d’avoir quitté l’Inde » raconte fièrement un membre de la famille.
Le magasin fonctionne presque 24/24h. Il ouvre ses stores à 8h. Vers 17h l’équipe du soir prend la relève. Il ne ferme que vers 3h du matin suivant. Ce service presque sans interruption a grandement contribué à bâtir le renom du Pakistan Hotel.
Auteur et Photos : William Rasoanaivo

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21 juin
